Biodiversité et tourisme : quels enjeux et quelles solutions pour 2025 ?
Face au défi climatique la biodiversité s’impose comme un enjeu important dans le secteur du tourisme, et en particulier, dans l’hôtellerie. Trois dirigeants, Philippe Wolff (Hôtel Verte Vallée), André Heintz (Heintz Hôtellerie) et Séverine Pétilaire-Bellet (Hostellerie de Levernois) sont revenus sur leurs actions et positionnements par rapport à la biodiversité. Entre performance économique, attentes clients et responsabilité environnementale, où en est-on en 2025 et comment réduire son impact ?
Biodiversité : l’hôtellerie face à ses responsabilités
« Toute activité touristique, dont la nôtre, a un impact fort sur l’environnement », rappelle Philippe Wolff, directeur de l’Hôtel Verte Vallée à Munster (Haut-Rhin). « Notre métier est énergivore, surtout avec des installations de bien-être. À nous de mettre en place des solutions pour utiliser l’énergie intelligemment. » De son côté, Séverine Pétilaire-Bellet, directrice de l’Hostellerie de Levernois en Bourgogne, insiste sur l’importance d’intégrer la biodiversité dans la gestion quotidienne : « Nous avons fait appel à un ornithologue pour recenser les espèces présentes sur nos 7 hectares de parc et adapter nos aménagements, comme l’extinction de certains lampadaires, afin qu’ils se retrouvent au maximum dans leur milieu naturel. La biodiversité n’est jamais suffisamment prise en compte, mais j’ai le sentiment que chaque entrepreneur porte un regard de plus en plus bienveillant à ce sujet. »
Pour André Heintz, associé du groupe Heintz Hôtellerie, l’intégration de la biodiversité dans la stratégie RSE est aussi un levier économique : « Les labels Clef Verte obtenus par nos établissements renforcent notre visibilité sur différentes plateformes de réservation et répondent à une demande croissante de tourisme davantage durable. Mais la conscience des clients n’est pas toujours suivie d’achat, d’où l’importance d’associer nos engagements à une communication claire. »
Des initiatives pour préserver les écosystèmes
Les actions menées par ces hôteliers montrent que la préservation de la biodiversité peut se traduire par différents gestes.
À Verte Vallée, Philippe Wolff a réduit de 30% la consommation de gaz de son établissement sur les 3 dernières années grâce à des chaudières à condensation et un système de récupération de chaleur. L’hôtel est également équipé d’un dispositif permettant de limiter le gaspillage d’eau : « quand le client va ouvrir le robinet de sa douche, il y aura tout de suite de l’eau chaude. Ça permet de ne pas faire couler l’eau pendant plusieurs secondes jusqu’à ce que l’eau chaude arrive. » Dans la même logique, le groupe Heintz a installé des réducteurs de débit dans ses points d’eau.
Pour ses villas haut de gamme, l’Hostellerie de Levernois a, de son côté, fait le choix de remplacer les baignoires par de grandes douches hammam pour limiter le gaspillage d’eau : « C’était un défi dans un 5 étoiles, mais nous voulions limiter l’impact en eau sans que ça en pâtisse sur l’expérience client », explique Séverine Pétilaire-Bellet. Cette dernière a également pris des décisions afin de préserver ses espaces naturels. Un verger conservatoire a été créé pour protéger des variétés fruitières : « Certaines espèces de poiriers, pommiers sont un peu en voie de disparition. Et nous, dans une petite partie de notre parc, on a décidé de les replanter dans une petite partie de notre parc afin de les préserver. » Des replantations d’arbres sont également menées avec l’Office national des forêts pour adapter le parc au changement climatique.
Si les pratiques ne manquent pas, la difficulté pour les hôteliers est de mesurer l’impact de leurs actions sur la biodiversité. « On sait compter les kWh ou les m³ d’eau, mais mesurer l’effet de nos actions sur la biodiversité reste complexe. En effet, il n’existe pas à ma connaissance d’indicateur unique : la biodiversité est locale, multidimensionnelle (faune, flore, sols, etc.) et donc variée. Contrairement au carbone, nous n’avons pas de ‘prix de référence’ universel », souligne André Heintz. Cette exigence est renforcée par la réglementation, notamment la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive), qui impose aux entreprises de rendre des comptes sur leurs actions RSE.
Comment assouvir les attentes des clients tout en diminuant son impact ?
Tous les hôteliers interrogés constatent une évolution des comportements. « Les clients sont sensibles à nos engagements et nos actions, mais ils veulent conserver leur confort », explique Philippe Wolff. « C’est à nous de mettre en place des solutions sans contraindre l’expérience. » Séverine Pétilaire-Bellet observe, quant à elle, une prise de conscience ces dernières années : « Il y a 20 ans, les clients jetaient systématiquement leurs serviettes. Aujourd’hui, ils les replient pour les réutiliser. Ils comprennent aussi l’intérêt des bouteilles recyclables ou des alternatives au plastique. » Cette dernière confie que certaines petites attentions font parfois plus d’effet qu’un service sophistiqué : « lorsqu’on offre un kilo de tomates à un client, on a l’impression de lui offrir de l’or », sourit la directrice de l’Hostellerie de Levernois.
Tous s’accordent sur le fait que la démarche RSE doit être progressive et collective. « Chaque décision doit intégrer l’impact environnemental, même si cela implique un coût supplémentaire », recommande Philippe Wolff, tandis que Séverine Pétilaire-Bellet met en avant l’apport de la vision de la jeunesse : « Il faut impliquer ses équipes, notamment les plus jeunes, qui sont très sensibles à ces questions ». Pour conclure, André Heintz appuie sur la préparation afin de se lancer « Passer des bonnes intentions à une vraie stratégie RSE suppose d’identifier ses parties prenantes et de définir un plan d’actions concret. »
Comme en atteste le témoignage des trois entrepreneurs, le tourisme durable n’est plus une option, mais une nécessité en 2025. L’hôtellerie doit, en plus de réduire ses impacts, chercher à y contribuer positivement.
Teddy Coppey